Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le Haut Potentiel

Précocité : tester, c'est savoir

La précocité est aujourd’hui très à la mode. Quand on les écoute, nombreux sont les parents qui l’évoquent à propos de leurs enfants :

- Eli n'a que 7 ans et il est incroyablement rapide. 

- Clarisse semble très en avance et particulièrement mature pour son âge.


Il est normal et même souhaitable que les parents soient fiers de leurs enfants. Ces derniers se construisent en s'observant au travers du regard de l’autre, surtout lorsqu’il s'agit d’un adulte chéri et admiré. Et pourtant, tous les enfants ne sont pas précoces ! Un talent avéré pour la construction de vaisseaux spatiaux en Lego n’est pas toujours synonyme de précocité. L'emploi de mots compliqués, même avec à-propos, ne veut pas systématiquement dire que l’enfant concerné soit à haut potentiel. Ce sont là des signes ou des indices qui peuvent attirer l’attention des parents, des autres membres de la famille ou des proches. Et ces signes sont légion : agitation ou émotivité excessive, gestes violents à l’école, cauchemars en série, etc.


Il est impossible de construire une classe d’équivalence associée aux enfants précoces en dressant une liste de propriétés ou d’attributs, selon une démarche de « cases à cocher » permettant d’affirmer que OUI ou NON, Eli et Clarisse sont précoces.


En cas de doute, le plus sage est de consulter un spécialiste, à l’instar d’un psychologue. Celui-ci soumettra l’enfant à une série de tests qui lui permettront, le cas échéant, de diagnostiquer une précocité intellectuelle. Pour l’enfant, ces tests n’ont rien à voir avec une épreuve ou un examen. Ils ressemblent plutôt à des activités ludiques. Il n’est pas question d’échec ou de succès.


À l’issu des tests, une consultation sera proposée aux parents. Au cours de celle-ci, les résultats de l’enfant seront présentés et décryptés par le spécialiste.


Bien sûr, il arrive qu’un enfant rejette les tests, simplement parce que, ce matin-là, il n’était pas d’humeur à jouer, à réfléchir ou tout simplement parce que la tête de l’expert ne lui revenait pas. De même, les résultats obtenus le lundi pourraient être différents le mardi. Mais un test correctement mené donne presque toujours une indication fiable concernant la précocité d’un enfant.

Que faire après un diagnostic de précocité?

La précocité est aujourd’hui très à la mode. Quand on les écoute, nombreux sont les parents qui l’évoquent à propos de leurs enfants :

- Eli n'a que 7 ans et il est incroyablement rapide. 

- Clarisse semble très en avance et particulièrement mature pour son âge.


Il est normal et même souhaitable que les parents soient fiers de leurs enfants. Ces derniers se construisent en s'observant au travers du regard de l’autre, surtout lorsqu’il s'agit d’un adulte chéri et admiré. Et pourtant, tous les enfants ne sont pas précoces ! Un talent avéré pour la construction de vaisseaux spatiaux en Lego n’est pas toujours synonyme de précocité. L'emploi de mots compliqués, même avec à-propos, ne veut pas systématiquement dire que l’enfant concerné soit à haut potentiel. Ce sont là des signes ou des indices qui peuvent attirer l’attention des parents, des autres membres de la famille ou des proches. Et ces signes sont légion : agitation ou émotivité excessive, gestes violents à l’école, cauchemars en série, etc.


Il est impossible de construire une classe d’équivalence associée aux enfants précoces en dressant une liste de propriétés ou d’attributs, selon une démarche de « cases à cocher » permettant d’affirmer que OUI ou NON, Eli et Clarisse sont précoces.


En cas de doute, le plus sage est de consulter un spécialiste, à l’instar d’un psychologue. Celui-ci soumettra l’enfant à une série de tests qui lui permettront, le cas échéant, de diagnostiquer une précocité intellectuelle. Pour l’enfant, ces tests n’ont rien à voir avec une épreuve ou un examen. Ils ressemblent plutôt à des activités ludiques. Il n’est pas question d’échec ou de succès.


À l’issu des tests (cf lien), une consultation sera proposée aux parents. Au cours de celle-ci, les résultats de l’enfant seront présentés et décryptés par le spécialiste.


Bien sûr, il arrive qu’un enfant rejette les tests, simplement parce que, ce matin-là, il n’était pas d’humeur à jouer, à réfléchir ou tout simplement parce que la tête de l’expert ne lui revenait pas. De même, les résultats obtenus le lundi pourraient être différents le mardi. Mais un test correctement mené donne presque toujours une indication fiable concernant la précocité d’un enfant.

Comment prendre en compte la pensée arborescente ?

Les enfants précoces ont souvent la capacité d’activer plusieurs canaux de réflexion en même temps. Leur pensée est arborescente. Comme son nom le suggère, celle-ci est caractérisée par des associations d’idées qui s’enchaînent sans cesse. Riche et créative, elle peut s’avérer difficile à structurer pour certains enfants mais elle est rarement incohérente ou confuse. Faire plusieurs choses à la fois permet au sujet concerné de mieux soutenir son attention. Sans être nécessairement hyperactifs, les enfants précoces n’éprouvent ainsi aucune difficulté à mener plusieurs activités de front. Il n’est pas rare qu’un tel enfant écoute le propos d’un adulte tout en dessinant ou en jouant, le tout dans une ambiance musicale ou bruyante. Ce genre d'attitude serait de nature à irriter toute personne dotée d’une pensée séquentielle ordinaire. Il convient d’en tenir compte dans l’encadrement des activités scolaires. En outre, en classe, les enfants précoces ont tendance à comprendre les choses plus vite que les autres. Les répétitions, qui s’avèrent nécessaires pour les autres enfants, favorisent leur ennui. Les professeurs devront veiller à adapter leur approche pédagogique, par exemple en proposant moins d’exercices à l’enfant précoce, mais en dosant habilement le niveau de difficulté de ceux-ci.

Précocité et sensibilité : une relation intime

Précocité, pensée arborescente et sensibilité exacerbée sont en général intimement liées. La plupart des enfants précoces sont particulièrement émotifs. Des situations en apparence insignifiantes ou anecdotiques peuvent provoquer des réactions disproportionnées si l’on ne prend pas garde à prévenir les effets résultant d’une telle émotivité. L’enfant précoce fait preuve d’une grande lucidité sur lui-même et sur le monde qui l’entoure. C’est un être singulier et complexe : les différences qu’il exprime par rapport à la moyenne des individus peuvent le rendre vulnérable, fragile. Il ressent parfois un profond sentiment d’injustice lors de la formulation de réprimandes ou par suite des réactions d’autrui, en particulier celles des adultes. Quiproquos ou incompréhension provoquent ainsi des situations difficiles. Il importe de comprendre que ses relations sociales peuvent souffrir d’une complexité accrue. À l’école, les adultes qui l’encadrent doivent adapter leur comportement et leurs réactions en conséquence. Chaque enfant est un cas singulier, qui doit être accompagné pour apprendre à s’adapter à son environnement, pour agir d’une manière acceptable pour lui-même comme pour le groupe.

Faut-il informer un enfant de sa précocité ?

Une sensibilité exacerbée caractérise la plupart des enfants précoces. Ils font également preuve d’une grande lucidité sur eux-mêmes et sur le monde qui les entoure. Ces caractéristiques en font des personnes bien singulières. Il est donc important de les informer à propos des « différences » qu’ils présentent par rapport à la majorité des enfants au même âge.
Il est indispensable en particulier de décrypter le comportement affectif et le fonctionnement intellectuel d’un tel enfant. Il est souvent pertinent d'illustrer ces propos d’exemples concrets dont l’enfant peut se souvenir. Ces échanges, même si l’enfant ne l’exprime pas directement, lui offrent de précieux repères et l’aident à gérer ses éventuels débordements. Connaître sa singularité est indispensable pour y réfléchir et parvenir à s’adapter à son environnement.

Vous avez dit QI ?

C’est seulement en 1905 que le pédagogue Alfred Binet introduisit les premiers tests de QI. Son objectif était de pouvoir  comparer les facultés intellectuelles de plusieurs individus. QI signifie donc Quotient Intellectuel et, par convention internationale, 50% de la population possède un QI compris entre 90 et 110. À partir de 130, un individu est qualifié de personne à haut potentiel, voire parfois de personne surdouée. L’Éducation nationale recommande depuis quelques années d’éviter l’emploi des termes précocité (enfant précoce) et surdoué . Elle lui préfère l’usage du syntagme enfant à Haut Potentiel. Statistiquement, seulement 2,3% de la population possède un QI supérieur à 130 et peut ainsi revendiquer la qualification de haut potentiel (HP). Remarquons que le cerveau d’un enfant à Haut Potentiel ne présente en général aucune différence structurelle avec le cerveau d’un individu ordinaire. En revanche, les plus hauts QI bénéficient de connexions cérébrales particulièrement rapides. Ils sont en outre capables d’activer simultanément un plus grand nombre de zones cérébrales que la moyenne des individus.

Intelligence et facilités

De nombreux enfants à haut potentiel utilisent leurs facultés intellectuelles pour compenser un manque de travail scolaire. Comme tout peut leur sembler très facile à l’école, surtout en primaire et parfois jusqu’au lycée, ils n’apprennent pas à faire l’effort de travailler par eux-mêmes. Dans les écoles classiques, les enseignants manquent de temps pour s’interroger et  identifier les difficultés spécifiques vécues par un enfant précoce. L'intelligence particulière de ces derniers donne souvent le change et leurs résultats scolaires peuvent ne pas dévoiler leur fonctionnement singulier. Aujourd’hui, le regard porté sur les enfants à Haut Potentiel évolue drastiquement. On en vient même à considérer, notamment grâce à l’apport des neurosciences, qu’un enfant à Haut Potentiel représente une opportunité pour le groupe lorsqu’il fréquente le système scolaire classique. Mais les habitudes ont parfois la vie dure et nous sommes encore bien loin de pouvoir affirmer que tous les enseignants de l’école publique sont dûment formés pour prendre en charge de manière respectueuse et efficace un enfant à haut potentiel.

Haut potentiel et respect des consignes

Nombreux sont les enfants à haut potentiel qui pensent de manière globale. Leur approche d’un problème peut ainsi s’avérer déroutante. Il peut être souhaitable de les accompagner dans l’analyse d’un énoncé afin de leur permettre d’identifier puis de mettre en séquences les étapes nécessaires à son traitement ou à sa résolution. L’enfant peut ainsi prévoir la solution d’un problème sans être capable de proposer un raisonnement clair et précis. Le professeur doit faire preuve de la patience nécessaire lorsqu’il s’agit de répéter les consignes d’un exercice. En particulier, les consignes implicites, celles qui seront implicitement prises en considération par un autre enfant, pourront échapper à un enfant à haut potentiel. En classe, le maître veillera à les rappeler le cas échéant afin de garantir leur prise en compte par l’ensemble du groupe. Le travail à deux ou en groupe constitue en outre une façon efficace pour inciter les enfants concernés à exprimer un raisonnement, par exemple à l’aide de dessins d’algorithmes ou de procédures séquentielles.

Haut potentiel et période de crise

L’épidémie actuelle de Covid-19 provoque d’importants bouleversements dans le quotidien des enfants. La précocité ou le haut potentiel sont bien évidemment à prendre en considération dans nos réactions et dans nos échanges avec les enfants ainsi que dans les réponses que nous apportons à leurs interrogations. Les enfants à haut potentiel sont particulièrement lucides et portent un regard mature sur notre monde. Notre franchise dans nos réponses et vis-à-vis de nos interrogations propres est déterminante pour prévenir tout débordement émotif. Le dialogue avec nos enfants est essentiel. Nous devons être particulièrement attentifs à toute demande, explicite ou implicite, à propos des risques pour sa santé ou pour la nôtre, des enjeux liés au confinement ou à la durée prévisible de cette période inédite. Par ailleurs, nos inquiétudes et incertitudes sont susceptibles de perturber les enfants à haut potentiel. Mais lorsqu'elles existent, il faut être capable de les « mettre sur le table » avec nos enfants, de leur proposer d’en parler librement. Nos réponses doivent bien évidemment tenir compte de la maturité effective de chaque individu. L’expression artistique et les appels à la créativité sont des outils efficaces pour permettre aux enfants de formuler leurs éventuelles inquiétudes.

Trouver sa place au sein de la famille avec un frère ou une sœur à haut potentiel

Lorsqu’un enfant a été diagnostiqué à haut potentiel au sein d’une fratrie, la précocité sera statistiquement plus fréquente que la moyenne pour ce qui concerne ses frères et sœurs. Pour autant, certains enfants à haut potentiels sont des cas isolés au sein d’une famille. En cas de survenue de difficultés scolaires, affectives ou de troubles du comportement des autres enfants de la fratrie, il est vivement recommandé de faire tester les sujets concernés. Il arrive même qu’un cadet à haut potentiel non diagnostiqué (en particulier s’il s’agit d’une petit fille) choisisse de se brider afin de ne pas « poser de difficultés supplémentaire » à ses parents. Au sein d’une fratrie, des rivalités parfois explosives peuvent émerger, en particulier lorsqu’un seul enfant à haut potentiel a été diagnostiqué. La sensibilité exacerbée de ce dernier, combinée à ses remarquables capacités de raisonnement, exigent de la part des parents un traitement individualisé  des difficultés vécues par le groupe. En accordant de l’attention et en offrant de l’affection à chacun d’eux, de manière exclusive et à chacun à son tour, les adultes mettront en place des règles de cohabitation et des principes structurant de vie en commun, fondés sur le respect mutuel et le partage de certaines ressources. Enfin, un enfant dépassé à l’école, écrasé par le talent et les apparentes facilités d’un frère à haut potentiel, pourra tirer profit d’un accompagnement psychologique individualisé.

Haut potentiel et échec scolaire

Comment expliquer qu’un enfant à haut potentiel sur quatre se retrouve en échec scolaire dans le système traditionnel ? Pourtant, on connaît de mieux en mieux les différences qui caractérisent un enfant intellectuellement précoce, notamment ses modes d’apprentissage et les effets qui résultent de sa sensibilité accrue. Pourquoi l’Éducation Nationale ne forme-t-elle pas davantage les professeurs des écoles à la prise en compte efficace de telles spécificités ? Certains enfants à haut potentiel optent pour l'auto-dévalorisation afin de se protéger d’un système qui rechigne à considérer leurs différences. Se déclarant « nuls », ces élèves s’estiment incapables de suivre en classe, parfois jusqu'au point de développer une véritable phobie scolaire. D’autres, n’ayant pas connaissance de leur haut potentiel, sont réellement en échec à l'école, tout en décrivant une sensation persistante d’ennui et de déséquilibre. Si l’on n’y prend pas garde, leur apparente fainéantise devant l’effort pourrait se transformer en déprime avec le temps. D’autres enfants encore feront leur possible pour ne pas décrocher, au prix d’importants efforts sur eux-même, taisant la plupart du temps leurs difficultés à leurs parents comme à leurs professeurs. Leurs résultats étant plutôt bons (jusqu’à un certain point), nul ne s’inquiète de leur sort. Bien sûr, certains enseignants sont soucieux de détecter de telles difficultés afin de proposer des activités adaptées aux enfants concernés, tout en faisant preuve de tolérance quant à leur propension à mener plusieurs tâches de front sur les bancs de l'école. Mais de nombreux maîtres n’ont tout simplement pas reçu la formation nécessaire leur permettant de repérer ces enfants singuliers, d'échanger avec leurs parents et de mettre en oeuvre une pédagogie différenciée, qui ne nuise pas, bien au contraire, aux autres enfants de leur classe.

Comment évaluer un enfant à haut potentiel à l’école ?

La précocité intellectuelle est un état kaléidoscope : chaque enfant est singulier, différent des autres. Certaines bonnes pratiques en matière d’accompagnement de tels enfants sont désormais bien connues. Pour autant, ce qui conviendra à Thibault sera moins efficace pour Jeanne. La question de l’évaluation des compétences, savoir-faire et savoir-être des élèves est une question récurrente pour bon nombre de parents et d'enseignants. Nous sommes évalués depuis notre petite enfance, par des lettres, des points ou des scores. Ces dispositifs nous sont familiers et ils permettent notamment de nous situer au sein d’un groupe d’individus soumis aux mêmes principes d’évaluation. La plupart des établissements scolaires se contentent d’évaluer des performances en matière d’apprentissage, de travail individuel et de restitution des connaissances acquises. Ces notes et appréciations sont en outre cloisonnées par matière, ou par discipline. Ces évaluations classiques ne sont pas idéalement adaptées aux enfants à haut potentiel. Elles peuvent provoquer des drames, faire naître des sentiments d’injustice, voire même être sources de rejet en bloc de tout enseignement en collectivité. L’école Arborescences de Nantes a choisi de transformer l’évaluation de ses élèves en un principe pédagogique clé. Celui-ci requiert l’implication de chaque enfant qui commence par évaluer lui-même son comportement et ses apprentissages selon quatre axes : vivre ensemble - bienveillance - travail et écoute. Pour chaque axe, plusieurs questions sont proposées. En tout, l’élève doit se prononcer sur vingt items, en mode simplement binaire : oui ou non. Une fois cette auto-évaluation réalisée, le cahier de pépites (puisque tel est le nom donné au dispositif) est remis à l’enseignant responsable de la classe qui peut éventuellement procéder à quelques ajustements, en concertation avec l'enfant. Enfin, la directrice de l’établissement reçoit individuellement chaque élève pour un point d’ensemble et l’attribution, le cas échéant, d'une étoile d’or, d’argent ou de bronze.

Quel est le bon moment pour faire tester un enfant ?

La réponse à cette question est bien évidemment "le plus tôt sera le mieux". Les psychologues spécialisés disposent de tests adaptés à l’âge de l’enfant. Certains estiment qu’il convient d’attendre le quatrième anniversaire de l'enfant pour que les résultats obtenus par celui-ci à test de type WIPPSI soient probants.
Au sein de l’école élémentaire Arborescences de Nantes, nous avons eu la chance d’accueillir des enfants âgés de seulement 4 ans, et ils se sont parfaitement intégrés.
Certains parents semblent réticents à l’idée de faire tester leurs enfants. D’autres commettent l’erreur d’assimiler ce type de test à une sorte d’examen. Il ne peut être question ici de réussite ou d’échec. Le diagnostic de Haut Potentiel Intellectuel ne doit pas être considéré comme un certificat de supériorité ou un diplôme d’intelligence. D’ailleurs, au moins d’un point de vue statistique, les individus dotés d’un QI compris entre 120 et 130 (intelligence supérieure) s’en sortent mieux à l’école que les enfants intellectuellement précoces, dont le QI est au moins de 130. L’établissement d’un diagnostic de précocité intellectuelle dès son plus jeune âge, permettra aux parents de l’enfant concerné de s’intéresser aux enjeux émotionnels et comportementaux qui le caractérisent afin de lui apporter des réponses adaptées à ses exigences, facilités et difficultés.

« J’ai un frère précoce, quel enfer ! »

Le haut potentiel au sein d’une fratrie n’est pas toujours simple à vivre pour la petite sœur ou pour le grand frère de l’enfant concerné. Lorsque les adultes se comportent de manière exagérément différente avec leur enfant intellectuellement précoce, les autres membres de la fratrie peuvent ressentir de la jalousie, de la rancœur et de la tristesse, au point parfois de se replier sur eux-mêmes. Bien sûr, il importe de comprendre les caractéristiques comportementales, intellectuelles et émotionnelles qui résultent de la précocité. Il est crucial de les prendre en considération pour le bon développement de l'enfant concerné. Mais il est tout aussi indispensable de rester attentif aux besoins des autres membres de la fratrie afin de préserver la cohésion familiale et d’inculquer à tous les règles du vivre ensemble, de l’écoute de l’autre, du respect mutuel et de la bienveillance. À titre d’exemple, la précocité d’un des enfants du foyer ne doit pas être portée aux nues lors des dîners en famille. Chaque individu est singulier et mérite toute l’attention de ses parents. L’enfant à haut potentiel sera très attentif au comportement des adultes vis-à-vis de ses frères et soeurs. Leurs actions et réactions lui serviront de modèles pour construire ses facultés sociales et trouver son équilibre affectif.

École classique ou école adaptée au haut potentiel ?

Une fois qu’un diagnostic de précocité intellectuelle a été formulé par un professionnel, les parents concernés s’interrogent sur la meilleure manière d’accompagner leur enfant dans son parcours scolaire. Bien sûr, fort heureusement, tous les enfants à haut potentiel ne sont pas en échec scolaire. Les jeunes filles notamment font preuve de grandes facultés d’adaptation, parfois au prix d’importants efforts sur elles-mêmes. Elles peuvent silencieusement souffrir de leur situation, sans que leurs résultats scolaires n’en soient affectés. Lorsque l’école ne pose aucun problème à un enfant précoce, il peut sembler inutile de se poser la question d’un changement d’établissement. Quoi qu’il en soit, avant de prendre une décision, il importe de bien étudier la situation spécifique de chaque enfant. Un échange avec le maître ou la maîtresse est toujours pertinent. Son avis et son aide doivent être pris en considération. L’enfant lui-même doit être interrogé à propos de ses attentes et de ses désirs. S’il n’exprime pas de rejet franc de l’école, s’il ne présente pas de trouble du langage, s’il est actif sans excès et développe un comportement social en apparence normal, rien ne presse. D’ailleurs, certains enfants à haut potentiel développent des liens sociaux forts avec leurs camarades de classe. Il est alors préférable de ne pas agir dans la précipitation et de veiller à leurs exposer clairement les enjeux résultant pour eux d’un changement d’établissement, de leur expliquer que des approches alternatives existent qui visent à prendre en compte leurs différences en matière d’apprentissage, d'émotivité et de comportement social. Pour d’autres enfants en revanche, en particulier lorsque l’école constitue un problème majeur, il faut tout mettre en oeuvre pour trouver une solution rapide et efficace.

L’école après l’école…

Bien évidemment, l’éveil et l’éducation d’un enfant ne s’arrêtent pas à la porte de la classe. Le rôle des parents est déterminant en tant que prolongement du travail conduit sous la responsabilité d’un maître ou d’une maîtresse. Dans le cas spécifique d’un enfant à haut potentiel, ce besoin de prolongement est encore plus marqué. La communication entre les enseignants à l’école et les parents est alors cruciale. Il importe que les enfants concernés ressentent qu’ils sont « pris en mains » et accompagnés par des adultes bienveillants. Il est vital que leurs difficultés, leurs attentes et leurs besoins soient pris en compte de manière ouverte et positive. S’intéresser au travail, aux apprentissages, aux succès comme aux échecs de l’enfant intellectuellement précoce permet souvent de détecter, de prévoir et d’anticiper des difficultés potentielles. La plupart des enfants ont tendance à cloisonner leur vécu entre l’école et leur domicile. Cette étanchéité apparente ne doit pas inciter les parents à croire que leur enfant gère ses affaires scolaires en parfaite autonomie et qu’il est préférable de ne pas s’en mêler. Le prolongement à domicile des activités scolaires passe déjà par l’accompagnement dans la réalisation des devoirs et le contrôle des acquis associés. Il s’avère souvent très bénéfique d’aller au-delà des éléments étudiés en classe pour susciter l’intérêt de l’enfant et l’inciter à réfléchir, en lui proposant, par exemple au moment des repas en famille, de partager ses questionnements et les fruits de sa réflexion.

Émotivité exacerbée et haut potentiel

L’hypersensibilité concerne s,elon Élaine Aron (C.f. le livre Ces gens qui ont peur d’avoir peur), entre 15 et 20 % de la population. On constate de manière empirique qu'elle est bien plus élevée chez les individus à haut potentiel intellectuel. Les enfants précoces sont plus sensibles que la moyenne aux stimuli provenant de leur environnement. Ils interprètent souvent des détails insignifiants auxquels ils accordent beaucoup d'importance : communication non verbale, attitudes, non-dits… Il sont caractérisés par une sorte d'ingérence des informations d’ordre émotionnel dans la formation de leur pensée analytique et rationnelle. La plupart disposent de facultés remarquables leur permettant d’enregistrer de manière simultanée et rapide un nombre important d’informations issues du même environnement. La coopération de leurs deux hémisphères cérébraux, qui est plus importante que chez la moyenne des individus, leur offre de remarquables capacités d’évaluation intuitive des situations. Mais cette hypersensibilité peut aussi devenir synonyme de souffrances et de déséquilibres : colères, débordements affectifs, état dépressif, surexcitation ou hyperactivité, etc. Pour un enfant précoce, il est déterminant d’apprendre à apprivoiser son hypersensibilité. Les recherches menées autour des concepts d’intelligence émotionnelle, celle-ci n'étant pas directement liée au QI du sujet, ont mis en exergue quatre facteurs clés à travailler :

- être capable de percevoir et d’analyser ses émotions ainsi que celles d’autrui

- être capable de mettre certains de ses états émotionnels au service de la réalisation de tâches cognitives (état d’enjouement, bonne humeur, humour, etc.)

- développer ses propres compétences en matière d’assimilation des informations du registre émotionnel

- faire preuve d’un bon niveau de régulation de ses compétences émotionnelles.

En veillant à accompagner les enfants concernés dans ces acquisitions, on parvient à transformer une hypersensibilité émotionnelle en atout pour leur vie personnelle et leur vie professionnelle future : intuition exacerbée, créativité, inventivité, etc.

Haut potentiel et vie en collectivité

Bien que les conséquences résultant de la précocité intellectuelle soient différentes pour chaque enfant, l'existence de similitudes comportementales facilite l’application de règles de vie en collectivité. Il importe que les adultes encadrant des enfants à haut potentiel soient dûment formés aux spécificités de tels individus, notamment lorsque ceux-ci évoluent au sein d'un groupe. Les relations interpersonnelles s’avèrent difficiles pour certains sujets, notamment lorsque le diagnostic de précocité posé par un spécialiste témoigne d'un manque d’homogénéité dans le développement des facultés cognitives, affectives, émotionnelles, motrices et mnésiques d’un enfant. Cher à Anna Freud (1962), le concept de dysharmonie, dont tous les parents ou presque ont constaté les effets chez des adolescents, correspond à un déphasage de maturité des compétences. Les experts aujourd’hui préfèrent parler de décalage entre différentes phases de développement de l'enfant, avec une forte influence environnementale. Ces décalages peuvent perturber l’équilibre général de l'enfant et nuire à son intégration au sein d’un groupe. Gibello (1984) évoque à ce propos un syndrome de dyssynchronie affective-intellectuelle. La réunion d’enfants à haut potentiel au sein d’un même groupe - par exemple dans l’enceinte d'une école -, profitant de l'encadrement d’adultes formés et compétents, semble prouver son efficacité dans la gestion et la résolution des conflits et dans l’exacerbation des périodes d’eurythmie. De tels groupes sont assimilables à des microcosmes bienveillants au sein desquels se succèdent des états de crise et d’équilibre, indispensables au développement psychique de chacun. Dès lors, une « bonne » école pour enfants précoces ne peut se contenter des apprentissages classiques. L’accompagnement du groupe dans la gestion de ses déséquilibres est déterminante pour garantir le développement psychique de ses membres.

Changement d’école : comment gérer le stress d’un enfant précoce ?

Pour la plupart des enfants à haut potentiel intellectuel, changement et hypersensibilité ne font pas bon ménage. De tels enfants sont particulièrement sensibles à l’état d’esprit de leurs parents. Ils développent d’incroyables capacités d’écoute et de captation des signes et marqueurs émotionnels : gestes, attitudes, communication non verbale, prosodie, style de discours… ce sont pour la plupart de véritables sonars émotionnels. Cette perméabilité à l'environnement est telle que de nombreux parents qualifient leurs enfants d’éponge à émotions. La moindre modification dans le comportement des parents peut ainsi provoquer des bouleversements profonds chez les enfants précoces. Devant la perspective d’un changement d'école, ils vont tout naturellement exploiter leur hypersensibilité afin de détecter et d’analyser les attitudes de leurs parents, avec toute l’empathie qui les caractérise. Pour ces derniers, il importe donc de comprendre leurs émotions et de ne pas tenter de les masquer, de les dissimuler à leurs enfants. L’enfant précoce peut en outre s’interroger à propos de ses capacités à s’intégrer dans une nouvelle école, à être à hauteur des attentes de ses parent et de ses futurs enseignants. Son équilibre personnel passe par celui du foyer dans lequel il évolue. Le dialogue, la parole libérée et l’écoute bienveillante sont souvent de précieux outils en matière d’accompagnement et de conduite du changement.

L’école à la maison : à chacun son rôle !

De manière exceptionnelle, par exemple en cas de maladie de longue durée ou pendant une période de confinement de la population, il peut s’avérer impossible pour un enfant de se rendre à l’école. Dans pareil cas, il est fréquent qu'un parent, un grand frère ou une sœur aînée, soit chargé de « faire l’école ». Il importe de bien comprendre, et d’être clair dans les propos tenus aux enfants concernés, que ce tuteur occasionnel qui « fait la classe » ne se substitue pas pour autant au rôle sacralisé de l'enseignant. Les risques de débordements émotionnels d’un enfant à haut potentiel confronté à une telle situation sont réels. Ils peuvent provoquer chez celui-ci énervement, exaspération et même rejet de toute activité à caractère scolaire. En fonction de la situation, la maîtresse ou le maître sont parfois en mesure de rester en contact avec leur élève, notamment à l’aide d’outils de communication numériques. Il est alors indispensable de veiller à instaurer de nouveaux rituels en proposant à l’élève des rendez-vous réguliers avec son enseignant, et d’éviter toute ingérence dans leur relation. En permettant à l’enfant de s'installer seul devant un logiciel de visioconférence, après s’être assuré du bon fonctionnement de l’ordinateur ou de la tablette utilisé (micro, caméra, clavier), on s’assure qu’une relation privilégiée avec l’enseignant puisse se mettre en place. Le rôle du tuteur reste certes plus important qu’en période de fréquentation de l’établissement scolaire par l’élève. Mais c’est bien l’enseignant qui demeure le garant du processus d’apprentissage. Si la situation bouleverse le rythme de la journée, parfois de manière sensible, il convient de veiller à définir des temps clés consacrés par exemple à la lecture, à l’écriture, au calcul, à la réalisation d’exposés ou de travaux créatifs, à l’apprentissage de poésies… Le confinement ou la maladie offre en outre l’opportunité d’adapter l’organisation de ces instants aux attentes et capacités de chaque enfant.

Comprendre et gérer les phases de développement

Tous les enfants évoluent par palliers. Les parents constatent de manière empirique tantôt une modification sensible du comportement de leur enfant, tantôt l'acquisition d’une nouvelle compétence par celui-ci ou encore l’extension en apparence soudaine de son champ lexical. Si ces progrès par stades successifs sont bien réels, une étude approfondie témoigne d’une véritable continuité dans le développement intellectuel de tous les enfants. Chaque stade s’enracine en effet dans celui qui le précède et se prolonge dans celui qui le suit. C’est l’observation qui, par sa nature synthétique, opère une sorte regroupement des compétences acquises, semblable à un effet de seuil. D’un coup, l’enfant observé parvient à réaliser une tâche qui lui résistait jusque-là. Chez les enfants à haut potentiel intellectuel, ces discontinuités apparentes semblent encore plus marquées, en particulier lorsque l’enfant concerné présente un QI fortement hétérogène. Il importe que ses parents veillent à lui proposer des activités adaptées à ses propres stades d’apprentissage, en s’appuyant notamment sur la curiosité extrême qu’il porte à son environnement. Le respect de ses manies et de ses passions pour un livre, un jeu ou une activité (la préhistoire, les dinosaures, les Légos, le football…) est très important à la fois pour le valoriser dans ses choix et aussi pour lui permettre de développer son imagination et ses aptitudes créatives. Il est en outre capable de changer subitement de centres d’intérêt, ce qui renforce l’impression de discontinuité qui caractérise son développement. L’adulte devra veiller autant que possible à le faciliter, l'encourager, prendre note de ses efforts et de ses nouveaux acquis, à valoriser les compétences acquises après un effort significatif…

Qu’est-ce que la pédagogie différenciée ?

La pédagogie différenciée est un thème très à la mode. Mais en réalité, bien peu de gens sont capables d’en définir les fondements et les modes opératoires. C’est un moyen - et non une fin en soi - qui vise à faciliter les apprentissages au sein d’un groupe d'individus caractérisés par des besoins hétérogènes et par un objectif commun. La pédagogie différenciée s’articule autour des points clés suivants :
* placer l’enfant au centre du dispositif d’apprentissage, en prenant en compte ses besoins et capacités propres
* varier les situations d’apprentissage au fil du temps et des enseignements, en les ancrant dans des rituels
* prendre en considération dans l’apprentissage, en plus du savoir, le savoir-faire et le savoir-être.
C’est une évidence, un groupe d’enfants fait rapidement apparaître, à qui s’y intéresse, de multiples dispositions affectives, mnésiques et cognitives. Avec des enfants à haut potentiel intellectuel, ces différences sont encore plus marquées et il est impératif de les prendre en compte dans toute proposition pédagogique. L'enseignant doit avoir le souci de chaque individu sans pour autant renoncer à l’intérêt du groupe. Il doit en permanence se mettre en quête de la médiation la plus efficace entre chaque enfant et le savoir. De nombreux outils d’apprentissage et d’éveil sont potentiellement concernés parmi lesquels : les manipulations ; l’utilisation de supports visuels et auditifs ; le recours à plusieurs démarches d’apprentissage visant à développer les facultés d’analyse de l’enfant mais aussi ses capacités déductives et son intuition ; la communication individuelle ou de groupe ; le travail personnel plus ou moins encadré par un élève plus mature ou par le maître ; l’encouragement, la stimulation et la valorisation ; la gestion du temps dans le cadre de séquences différenciées d’apprentissage ou d’étude ; la compréhension des consignes implicites et explicites ; les différentes méthodes dévaluation par l’élève lui-même ainsi que par le groupe ou par l’enseignant, etc.
Pour mettre en oeuvre une pédagogie différenciée efficace, il convient bien évidemment d’en comprendre les enjeux, d’en maîtriser les modes opératoires et de disposer de conditions de travail compatibles, notamment pour ce qui concerne les effectifs, l’organisation des locaux et l’outillage.